Anne-Marie ouvre la porte et désigne le siège bordeaux fixé à la rampe d’escalier. « C’est lui qui a tout changé. » Elle parle du monte-escalier installé six mois plus tôt dans la maison de Saint-Laurent où elle vit avec son mari Pierre, 78 ans, et sa mère Lucienne, 96 ans. Trois générations sous le même toit, un escalier de quatorze marches au cœur du quotidien, et une fragilité grandissante qui menaçait l’équilibre du foyer.
Le projet n’avait rien d’évident au départ. Il a fallu une chute évitée de justesse, deux mois de discussions familiales, une évaluation par une ergothérapeute du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal et plusieurs rencontres avec un conseiller spécialisé avant que la décision soit prise. C’est une histoire ordinaire pour des milliers de familles québécoises. Elle illustre bien ce que représente concrètement un projet d’adaptation domiciliaire.
Le déclencheur
Lucienne avait toujours refusé d’envisager un déménagement. La maison, achetée en 1968 avec son défunt mari, était le seul cadre qu’elle voulait habiter.
Ses jambes faiblissaient, mais elle s’accrochait. Anne-Marie raconte : « Maman montait l’escalier en s’agrippant à la rampe avec les deux mains. On la regardait du salon en retenant notre souffle. » Un soir d’hiver, Lucienne a glissé sur la troisième marche. Elle s’est rattrapée. Le lendemain, Anne-Marie a appelé un service d’évaluation à domicile, sur le conseil d’une amie qui avait traversé une situation comparable l’année précédente.
L’évaluation et l’orientation
L’ergothérapeute est venue deux semaines plus tard. Elle a observé Lucienne marcher, mesuré les marches, vérifié la largeur du palier, demandé à voir la salle de bain de l’étage et celle du rez-de-chaussée. Elle a posé une vingtaine de questions sur les habitudes de vie, l’autonomie, les chutes antérieures, les médicaments. Son verdict : un monte-escalier était indiqué, et le dossier était admissible au Programme d’adaptation de domicile.
La visite a duré près de deux heures. Anne-Marie a noté que sa mère parlait beaucoup plus librement à l’ergothérapeute qu’aux membres de la famille. Une personne extérieure, formée à écouter sans dramatiser, change souvent la dynamique d’une discussion qui tournait en rond depuis des mois à la maison. C’est un effet documenté de l’évaluation à domicile : la médiation par un professionnel neutre désamorce les rapports de force familiaux.
Les solutions de mobilité à domicile qu’elle a recommandées correspondaient à un profil précis. Un escalier droit, une utilisatrice à autonomie réduite mais lucide, un budget partagé entre subvention et apport familial. Le rapport de l’ergothérapeute, déposé à la Société d’habitation du Québec, a démarré la procédure d’admission au PAD.
Choisir le bon équipement
Anne-Marie et Pierre ont visité une salle de montre à Laval. C’était la première fois qu’ils voyaient un monte-escalier en fonction.
« Maman l’a essayé. Elle a souri. Pierre a regardé le moteur, posé toutes ses questions techniques. Moi, j’ai juste vu sa mère arriver en haut sans souffler. »
Trois modèles étaient envisageables. Un d’entrée de gamme à 4 200 $, un milieu de gamme à 5 800 $ avec rotation motorisée du siège en haut des marches, et un haut de gamme à 7 100 $ avec accoudoirs rabattables et télécommande sans fil. Le conseiller a recommandé le milieu de gamme. La rotation motorisée évite à l’utilisateur de devoir pivoter en équilibre sur le palier, ce qui réduit le risque de chute au moment de la descente du siège. C’est précisément le type de détail qu’un acheteur sans expérience ne soulève jamais spontanément.
Combien ça coûte, concrètement
Le montage financier est souvent ce qui inquiète le plus les familles. Voici la décomposition du projet d’Anne-Marie :
- Monte-escalier milieu de gamme : 5 800 $
- Installation, formation à l’utilisation, garantie deux ans : inclus
- Subvention PAD couvrant l’équipement et l’installation : 5 800 $
- Apport familial net pour cet élément : 0 $
Le PAD a aussi couvert une partie de l’adaptation de la salle de bain au rez-de-chaussée — barres d’appui, tabouret de douche, ajustement de la robinetterie — pour environ 2 400 $ supplémentaires. La famille a complété de sa poche un ouvre-porte automatique à l’entrée principale, jugé non essentiel par le programme mais important pour Lucienne qui sortait promener le chien chaque après-midi.
L’installation
Les deux techniciens sont arrivés un mardi matin à 9 h.
Ils ont retiré la rampe d’escalier existante, fixé le rail au-dessus des marches, raccordé le siège au système d’alimentation par batterie. À 13 h, Lucienne effectuait son premier trajet en montant. Anne-Marie a pleuré dans la cuisine. Pierre a filmé pour les petits-enfants. L’apprentissage a pris une dizaine de minutes. Le bouton à clé permettait de désactiver l’appareil quand Lucienne ne souhaitait pas l’utiliser. Le siège se repliait contre la rampe et libérait entièrement le passage pour les autres occupants.
Le technicien a remis une fiche plastifiée avec les consignes d’usage, les coordonnées du service après-vente et la procédure à suivre en cas de panne. Il a tenu à voir Lucienne effectuer trois trajets complets avant de partir. Cette étape, souvent négligée par les installateurs moins rigoureux, fait la différence entre un appareil utilisé en confiance et un appareil qui reste figé au bas de l’escalier parce que la première utilisation a mal tourné.
Six mois plus tard
Lucienne dort toujours à l’étage. Elle prend son bain à l’étage. Elle descend pour les repas et remonte pour la sieste.
Le monte-escalier fait partie du décor, et plus personne ne le remarque. Anne-Marie revient sur ce qu’elle aurait fait différemment : « On a perdu deux mois à hésiter. Maman aurait pu chuter pendant ce temps. Si je devais conseiller une autre famille, je dirais : faites l’évaluation tout de suite. Vous n’êtes pas obligés d’installer quoi que ce soit, mais sachez ce qui est possible. »
Une démarche reproductible
Le parcours d’Anne-Marie suit un canevas que les conseillers spécialisés voient régulièrement. Évaluation par une ergothérapeute, dépôt au PAD, choix d’équipement adapté au profil, installation en quelques heures, accompagnement post-installation. La part de personnalisation tient surtout au type d’escalier, aux préférences esthétiques et au budget complémentaire que la famille souhaite consacrer aux options non couvertes par le programme.
Ce qui distingue les projets réussis des projets bâclés tient rarement au produit lui-même. Les marques sérieuses se valent globalement sur la durabilité et la sécurité. La différence se joue sur l’accompagnement : la qualité de l’évaluation, la patience du conseiller en magasin, la précision des techniciens à l’installation, et la disponibilité du service après-vente quand un détail mineur doit être ajusté quelques semaines plus tard.
Lucienne fêtera ses 97 ans cet automne. Elle compte bien souffler ses bougies à la table de la salle à manger, descendue depuis sa chambre par le siège bordeaux qui a, comme dit sa fille, tout changé.